Illustration d’un point de tri dans des bureaux, avec des bacs de couleur près de la cafétéria

Réduire les déchets en entreprise : obligations de tri et méthode en 6 étapes

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Réduire les déchets en entreprise : obligations de tri et méthode en 6 étapes

Une corbeille sous chaque bureau, des cartons de livraison qui s’empilent à côté de l’imprimante, des gobelets qui finissent dans la mauvaise poubelle de la cafétéria… Dans beaucoup d’entreprises, les déchets se gèrent tout seuls. Et c’est bien le problème.

Au bureau, le premier déchet n’est ni le plastique ni le marc de café : c’est le papier. Selon l’ADEME, il représente 75 % des déchets de bureau, et un quart des documents imprimés partent à la poubelle dans les cinq minutes. Côté loi, le tri n’est plus une bonne intention : tous les professionnels doivent trier leurs biodéchets depuis 2024, et au moins six flux de déchets depuis 2025.

Bonne nouvelle : réduire les déchets en entreprise ne demande ni un budget colossal ni un service RSE. Il suffit de savoir ce que la loi vous impose vraiment (on démêle au passage les 5, 6, 7 et 8 flux), de placer les bons bacs aux bons endroits et d’embarquer les équipes. On vous explique tout, étape par étape.

75 %
des déchets de bureau sont du papier (ADEME, 2020)
5 min
c’est le temps au bout duquel 25 % des documents imprimés sont jetés
6 flux
à trier par tous les professionnels depuis le 1er janvier 2025, plus les biodéchets

Déchets de bureau : l’état des lieux

Commençons par regarder dans la poubelle (au sens figuré, rassurez-vous). Les chiffres publiés par l’ADEME en 2020 sur le papier donnent le ton :

  • Chaque salarié consomme l’équivalent de 3 ramettes de papier par mois.
  • 25 % des documents sont jetés 5 minutes après leur impression.

Et le guide de l’ADEME « Comment être écoresponsable au bureau ? », mis à jour en 2025, enfonce le clou : en entreprise, seule la moitié des papiers est recyclée. Le recyclage du papier de bureau reste donc le premier chantier… et de loin le plus facile à gagner.

Mais le papier n’est pas seul. Un bureau produit une foule de déchets qu’on ne voit plus, parce qu’ils sont dispersés dans tous les recoins des locaux :

Où ?Ce qu’on y jetteLe bon réflexe
Postes de travail et coin imprimantePapier, enveloppes, cartouches d’encre, pilesUn bac à papier près de l’imprimante plutôt qu’une corbeille sous chaque bureau
Cafétéria et cuisineRestes de repas, marc de café, emballages, canettes, bouteilles en verreUn point de tri complet, avec un bac à biodéchets
Accueil et réserveCartons de livraison, films plastique, calagesUn coin pour aplatir et stocker les cartons avant la collecte
Parc informatiqueOrdinateurs, écrans, téléphones, câblesUne filière dédiée, jamais la benne
Mobilier et décorationSièges, bureaux, rangements, textilesRéemploi, don ou collecte spécialisée
Open space lumineux aux grands bureaux partagés en bois clair, avec écrans, lampes d’architecte et petites plantes

Pourquoi réduire ses déchets au bureau ?

D’abord parce que chaque déchet se paie deux fois : une première fois quand on l’achète, une seconde quand on le fait collecter. La ramette imprimée pour rien, le gobelet jeté après un café, le carton de suremballage : tout cela passe par le budget des fournitures, puis par celui de la collecte. C’est d’ailleurs la première chose que l’ADEME conseille de chiffrer (on y revient à l’étape 1).

Ensuite parce que vos salariés savent déjà trier. Ils le font chez eux tous les jours. Un bureau où tout finit dans la même poubelle envoie un drôle de message, surtout quand l’entreprise affiche des engagements RSE (responsabilité sociétale des entreprises) sur son site.

Enfin, parce que c’est la loi. Et c’est là que les choses se compliquent un peu.

Tri 5, 6 ou 7 flux : ce que la loi impose à un bureau

Décret 5 flux, tri 7 flux, 8 flux… Si vous vous y perdez, rassurez-vous : même les prestataires de collecte ne comptent pas tous de la même façon. Voici l’histoire en quatre dates.

  • Juillet 2016, le décret « 5 flux » : tous les professionnels doivent trier à la source et faire collecter séparément le papier et le carton, le métal, le plastique, le verre et le bois (ministère de la Transition écologique).
  • 2021, le décret « 7 flux » : le décret n° 2021-950 du 16 juillet 2021 ajoute la fraction minérale (gravats, béton, briques) et le plâtre. Selon le ministère, ce tri en sept flux vise les acteurs de la construction et de la démolition.
  • 1er janvier 2024, les biodéchets : leur tri à la source devient obligatoire pour tous les professionnels, sans seuil minimum (ministère, page Biodéchets).
  • 1er janvier 2025, le textile : il rejoint la liste. Tous les professionnels trient désormais 6 flux, et ceux de la construction et de la démolition en trient 8 (plaquette du ministère).

Pour un bureau classique, retenez donc une formule simple : 6 flux + biodéchets. Le fameux tri 7 flux ne vous concerne qu’à travers vos travaux : si vous rénovez vos bureaux, vérifiez que les entreprises du chantier trient bien le plâtre et les gravats.

Voici ce qui s’applique concrètement à une entreprise de bureaux :

ObligationQui est concernéCe qu’il faut faire
Tri 6 flux : papier et carton, métal, plastique, verre, bois, textileTous les professionnels, sauf l’exemption des 1 100 litres (voir plus bas)Trier à la source et faire collecter ces déchets séparément
Papiers de bureauChaque site qui regroupe plus de 20 personnesTrier les papiers à la source et les faire collecter à part
Biodéchets : restes de repas, marc de café, épluchuresTous les professionnels, sans seuil, depuis le 1er janvier 2024Les trier à la source : compost sur place ou collecte séparée
Plâtre et fraction minérale (8 flux)Les professionnels de la construction et de la démolitionRien au quotidien, à vérifier lors de travaux
Attestation de collecteVotre prestataire de collecte, public ou privéVous la remettre chaque année : c’est votre preuve de conformité

Sources : plaquette du ministère de la Transition écologique, décret n° 2021-950 du 16 juillet 2021 sur Legifrance.

Attention à une confusion fréquente : le seuil des 20 personnes ne concerne que les papiers de bureau, pas les autres flux. Et il se calcule site par site : le décret parle de « chacune de leurs implantations regroupant plus de 20 personnes ».

Les biodéchets, une obligation à part

Les biodéchets ne font pas partie des « flux » : c’est une obligation distincte, qui s’ajoute aux autres. Le code de l’environnement (article L. 541-1-1) les définit comme les déchets alimentaires ou de cuisine « provenant des ménages, des bureaux, des restaurants » et d’autres établissements, rappelle le ministère. Le mot « bureaux » y figure noir sur blanc : le reste de salade du midi et le marc de café sont concernés.

Longtemps réservée aux gros producteurs (plus de 5 tonnes par an en 2023), l’obligation vise tous les professionnels depuis le 1er janvier 2024. Une cafétéria, une kitchenette avec une machine à café, des équipes qui déjeunent sur place : dès que l’on mange au bureau, on produit des biodéchets. Bonne nouvelle, trier ne veut pas dire composter soi-même : on voit les deux options à l’étape 2.

Êtes-vous concerné ? Exemptions, sanctions et preuves

Ouvrez les questions qui correspondent à votre situation :

Qu’est-ce qui s’applique à votre bureau ?

Vos déchets sont collectés par le service public et vous en produisez moins de 1 100 litres par semaine ?

👉 Vous n’êtes pas soumis à l’obligation de tri des flux, à condition de respecter les consignes de tri de votre collectivité. Pour les biodéchets, l’obligation vise tous les professionnels, sans seuil : suivez la solution proposée par votre collectivité ou mettez en place la vôtre.

Vous dépassez 1 100 litres par semaine, ou le service public ne collecte pas tous vos flux ?

👉 L’obligation de tri des flux s’applique pleinement. Si le service public ne vous permet pas de la respecter, passez par un opérateur privé, seul ou avec des entreprises voisines (voir l’étape 2).

Votre site regroupe plus de 20 personnes ?

👉 Vos papiers de bureau doivent être triés à la source et collectés séparément.

Vos équipes déjeunent ou prennent un café sur place ?

👉 Vous produisez des biodéchets : prévoyez un bac dédié et une solution de compost ou de collecte séparée.

Votre cafétéria ou votre restaurant d’entreprise peut accueillir au moins 20 personnes en même temps ?

👉 Vaisselle et couverts réemployables obligatoires depuis le 1er janvier 2023 (détails à l’étape 3).

Vous lancez des travaux ?

👉 Le plâtre et les gravats relèvent du tri des professionnels du chantier : faites préciser la gestion des déchets dans les devis.

L’exemption des 1 100 litres

C’est la seule vraie porte de sortie. Selon la plaquette du ministère de la Transition écologique, sont exemptés les professionnels qui confient leurs déchets au service public et en produisent moins de 1 100 litres par semaine, tous déchets confondus, s’ils respectent les règles de tri de la collectivité.

Deux conditions, donc : passer par la collecte publique et rester sous le seuil. Pour savoir où vous en êtes, le plus simple est de compter pendant deux semaines le nombre de sacs ou de bacs vidés, et leur contenance. Au-delà du seuil, l’obligation s’applique pleinement, et si le service public ne permet pas de la respecter, il faut se tourner vers un opérateur privé.

Les sanctions : ce que vous risquez

On ne va pas vous faire peur pour rien, mais mieux vaut le savoir. D’après une fiche du ministère, ne pas respecter l’obligation de tri des flux ou des biodéchets expose à :

  • des sanctions administratives, qui peuvent aller jusqu’à la fermeture de l’établissement ;
  • des sanctions pénales pouvant atteindre deux ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende, un montant qui peut être multiplié par cinq pour une personne morale.

Ce sont des maxima. Mais ils rappellent que le tri n’est plus un geste facultatif : c’est une obligation au même titre que la sécurité incendie.

Comment prouver que vous êtes en règle

La preuve tient en un document : l’attestation annuelle de collecte. Le prestataire, privé ou public, doit la remettre chaque année au producteur des déchets, et selon le ministère, elle constitue la preuve du respect des obligations de tri.

Conseil

Réclamez l’attestation dès maintenant si vous ne l’avez jamais reçue, et rangez-la avec vos contrats de collecte. Faites de même pour les attestations remises lors de l’enlèvement de mobilier ou de matériel informatique. Le jour où l’on vous demande de justifier votre gestion des déchets, tout est au même endroit.

1. Faire le diagnostic de vos déchets

Le cadre est posé, passons à l’action. Pour le tri à la source, l’ADEME recommande quatre temps, résumés par Entreprendre.Service-Public : dresser un état des lieux, identifier les filières et les prestataires, mettre en place le tri, puis faire un suivi. On reprend cette trame, en y ajoutant deux étapes qui font vraiment baisser le volume : réduire à la source et réemployer.

Nommer un pilote

Un projet sans pilote, c’est un projet qui s’arrête au premier bac mal placé. Désignez une personne ou une petite équipe responsable. Dans une PME, c’est souvent la mission naturelle de l’Office Manager : il gère déjà les fournitures, les locaux et les prestataires extérieurs. Dans une plus grande structure, ajoutez un référent par étage ou par service, celui à qui l’on demande « ça, ça va où ? ».

Faire le tour des poubelles

Avant d’acheter le moindre bac, regardez ce que vous jetez vraiment. Pendant une semaine, faites le tour des locaux et notez, zone par zone :

  • quels déchets sont produits (papier, emballages, restes de repas, cartons…) ;
  • en quelle quantité, en nombre de sacs ou de bacs vidés ;
  • qui les produit et à quel rythme : tous les jours, à chaque livraison, une fois par an lors du grand rangement.

Classez ensuite chaque déchet en deux questions : recyclable ou non ? dangereux ou non ? La réponse vous dira comment l’éliminer, et à terme comment le réduire.

Dernier point, souvent oublié : les coûts. Rassemblez les contrats et les factures de collecte, ainsi que les achats de fournitures jetables. L’ADEME conseille justement de comptabiliser les coûts de gestion dès l’état des lieux : c’est ce chiffre qui convaincra la direction que le projet se rembourse.

Les flux qu’on oublie toujours

Au moment du diagnostic, on pense spontanément au papier et aux restes de repas. Cochez ce que vous avez bien repéré :

  • Les cartouches et les toners de l’imprimante.
  • Les piles des souris, des claviers et des télécommandes des salles de réunion.
  • Les cartons de livraison des fournitures et des repas commandés.
  • Le marc de café et les capsules.
  • Les archives qu’on garde « au cas où » depuis des années.
  • Le vieux matériel informatique qui dort dans un placard.
  • Les textiles : plaids, coussins, tenues, goodies d’événements.
  • Les produits d’entretien et les aérosols vides.

2. Choisir vos filières et votre prestataire de collecte

Avec votre diagnostic en main, vous savez quels flux sortent de vos bureaux. Reste à savoir qui les emporte, et où. Deux options :

  • Le service public de gestion des déchets, s’il vous permet de respecter toutes vos obligations de tri. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou de votre intercommunalité sur les consignes et les points de collecte.
  • Un opérateur privé, dans le cas contraire. Comparez plusieurs offres : c’est l’une des quatre priorités du guide de l’ADEME.

Quelques questions à poser à chaque prestataire :

  • Quels flux collectez-vous, et à quelle fréquence ?
  • Fournissez-vous les bacs, et de quelle taille ?
  • Pouvez-vous collecter certains flux ensemble ? C’est possible, par exemple pour le papier, le métal, le plastique et le bois, s’ils sont ensuite confiés à un professionnel capable de les séparer et de les recycler (plaquette du ministère). Moins de bacs, c’est plus de place et moins de confusion.
  • Remettez-vous l’attestation annuelle de collecte ?

Petite structure ? Pensez à mutualiser. Le ministère rappelle qu’un professionnel peut s’associer à d’autres, par exemple des bureaux voisins, pour organiser une gestion collective des déchets. Même immeuble, même zone d’activité, même centre d’affaires : à plusieurs, les petites quantités deviennent intéressantes pour un collecteur.

❌ L’erreur classique : signer sans parler d’attestation

Un contrat de collecte qui ne prévoit pas l’attestation annuelle, c’est un tri que vous ne pourrez pas prouver. Faites-la figurer noir sur blanc dans le contrat, avec la liste des flux collectés.

Biodéchets : compost sur place ou collecte ?

La loi impose de trier les biodéchets à la source, pas de les composter vous-même. Le ministère décrit deux familles de solutions, qui peuvent se compléter : le compostage de proximité, y compris au sein d’un établissement, et la collecte séparée. Une fois triés, les biodéchets peuvent être valorisés par compostage ou par méthanisation.

SolutionPour qui ?Points de vigilance
Compost sur place (composteur, lombri­composteur)Petites équipes, bureaux avec terrasse, jardin ou plantes à nourrirQuelqu’un pour s’en occuper ; pas de restes de viande dans un compost de proximité
Collecte séparée (collectivité ou prestataire)Cafétéria fréquentée, restaurant d’entrepriseUn bac fermé, vidé régulièrement, placé là où l’on débarrasse les plateaux

Le compost vous tente ? Notre article sur la valorisation des déchets dans vos bureaux détaille le lombricompostage et les prestataires de valorisation. Et si vous avez un restaurant d’entreprise, lisez aussi nos conseils pour aménager un restaurant d’entreprise hybride : c’est là que se concentrent les restes de repas.

3. Réduire à la source : le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas

Trier, c’est bien. Ne pas jeter, c’est mieux, et c’est moins cher. Le zéro déchet au bureau reste un idéal, mais trois postes font l’essentiel du chemin.

Le papier et les impressions

C’est le gisement numéro un, et le plus simple à réduire :

  • Passez toutes les imprimantes en recto-verso par défaut. Le guide de l’ADEME conseille même d’imprimer deux pages par feuille.
  • Chassez les impressions « pour relire » : un document partagé à l’écran fait très bien l’affaire en réunion.
  • Évitez les « loupés » : l’enveloppe mal adressée qu’on remplace, le tirage lancé deux fois parce que l’imprimante ne répondait pas.
  • Utilisez les feuilles imprimées d’un seul côté comme brouillons, dans un bac près de l’imprimante.

Pour aller plus loin, nos 44 gestes simples et éco-responsables au bureau passent en revue l’open space, la cafétéria et les espaces communs.

La cafétéria : le jetable est (presque) interdit

Bonne nouvelle, la loi a déjà fait une partie du travail. Selon le ministère de la Transition écologique :

  • La vaisselle en plastique jetable en lot (gobelets, verres, assiettes) est interdite depuis 2020, et les couverts jetables, les pailles, les touillettes et les couvercles de gobelets à emporter depuis le 1er janvier 2021 (page « Lutte contre la pollution plastique »).
  • Les gobelets partiellement en plastique sont limités : plus de 15 % de plastique interdit depuis 2022, plus de 8 % depuis 2024.
  • La distribution gratuite de bouteilles d’eau en plastique est interdite dans les locaux professionnels depuis le 1er janvier 2021. Carafes, verres et gobelets réemployables restent autorisés (FAQ plastique du ministère, juillet 2024).
  • Dès que l’on peut restaurer au moins 20 personnes en même temps, restaurants et cafétérias d’entreprise compris, repas et boissons consommés sur place se servent dans de la vaisselle et avec des couverts réemployables, depuis le 1er janvier 2023 (même FAQ).

Le plus simple, et le plus conforme : des tasses, des verres, des carafes et des couverts lavables, avec un lave-vaisselle à la hauteur. Nos idées pour aménager une cuisine d’entreprise vous aideront à lui faire de la place.

Les achats et les emballages

Beaucoup de déchets arrivent par la porte d’entrée, livrés dans des cartons. Groupez vos commandes de fournitures, privilégiez le vrac et les emballages consignés quand c’est possible, et cherchez des fournisseurs qui reprennent leurs emballages, voire le matériel usagé.

❌ Le bureau jetable

  • Gobelets jetables à la machine à café
  • Bouteilles d’eau en plastique en réunion (interdites depuis 2021)
  • Impression recto seul par défaut
  • Une corbeille sous chaque bureau
  • Des commandes de fournitures au fil de l’eau

✅ Le bureau sobre

  • Tasses et verres lavables
  • Carafes et gourdes
  • Recto-verso par défaut
  • Des points de tri partagés
  • Des commandes groupées, en vrac quand c’est possible

4. Aménager des points de tri qui fonctionnent

C’est ici que tout se joue, et c’est aussi notre sujet préféré. Un tri réussi est d’abord une question d’aménagement : si le bon bac n’est pas au bon endroit, la meilleure volonté du monde finit dans la poubelle d’à côté.

Placer les bacs là où naissent les déchets

Oubliez le grand local poubelles au fond du couloir. Chaque point de tri se place là où le déchet apparaît :

  • À la cafétéria : emballages, biodéchets, verre et déchets non recyclables, côte à côte, là où l’on débarrasse.
  • Au coin imprimante : papier (et un bac à brouillons). Profitez-en pour le rendre plus agréable, nos idées pour décorer le coin imprimante sont là pour ça.
  • À l’accueil ou dans la réserve : les cartons, et un petit bac fermé pour les piles et les cartouches.
  • En salle de réunion : rien, ou presque. Si le papier et les gobelets y restent, c’est que le point de tri le plus proche est trop loin.

Supprimer les corbeilles individuelles

C’est la mesure la plus efficace… et la plus redoutée. Une corbeille sous le bureau reçoit tout, mélangé. Un point de tri partagé, à quelques pas, oblige à se poser la question une seconde. Annoncez-le, expliquez pourquoi, et placez assez de points de tri pour que personne n’ait à traverser tout l’étage.

Cafétéria d’entreprise de Free aménagée par Isospace, avec des collecteurs de tri étiquetés pour les canettes et bouteilles, les gobelets et les autres déchets
Point de tri dans la cafétéria de Free, aménagée par Isospace.

Une signalétique qu’on comprend en deux secondes

  • Un seul code couleur dans tous vos locaux. Le plus simple est de reprendre celui de votre collectivité ou de votre prestataire : vos équipes le connaissent déjà.
  • Des pictogrammes et des exemples concrets plutôt que des catégories abstraites : « gobelet en carton », « canette », « pot de yaourt ».
  • L’affiche à hauteur des yeux, juste au-dessus des bacs, pas sur la porte du placard d’à côté.
  • Des bacs dont le design s’accorde avec vos espaces. Un conteneur qui ressemble à une poubelle de chantier finit relégué dans un coin, et le tri avec.
Trois poubelles de tri Kollori côte à côte : jaune pour les recyclables, rouge pour le non recyclable, verte pour le verre, sous des illustrations murales
Les poubelles de tri dans les locaux de Kollori : une couleur par flux, repérable de loin.

Conseil

Testez les emplacements avant d’acheter : posez pendant deux semaines des cartons étiquetés là où vous comptez installer les bacs. Si les équipes les contournent, déplacez-les. Vous n’investirez que dans les points de tri qui servent vraiment.

5. Donner une seconde vie au mobilier et au matériel

Les déchets les plus encombrants ne sortent pas tous les jours : ils arrivent d’un coup, lors d’un réaménagement ou d’un déménagement d’entreprise. Sièges fatigués, bureaux dépareillés, écrans remplacés, archives vidées : c’est le moment où l’on jette le plus… et où l’on peut le plus facilement éviter de jeter.

La règle d’or : réutiliser avant de donner, donner avant de recycler, recycler avant de jeter. Comme on le souligne dans nos tendances bureau 2026, le mobilier réparable et reconditionné gagne du terrain : le réemploi devient une stratégie, pas une contrainte.

Que faire de ce que vous ne gardez pas ?

Un bureau, un siège ou un rangement en bon état ?

👉 Réutilisez-le ailleurs dans vos locaux, donnez-le à une association ou revendez-le. Le mobilier de seconde main a toute sa place dans un aménagement durable et responsable.

Du mobilier abîmé ou en fin de vie ?

👉 Contactez Valdelia, un éco-organisme agréé pour le mobilier professionnel : collecte, réemploi et recyclage, quelle que soit la quantité, avec des attestations de traçabilité.

Un ordinateur, un écran ou une imprimante mis sur le marché après le 13 août 2005 ?

👉 Son producteur doit prendre en charge sa fin de vie, via un éco-organisme agréé ou son propre système. Commencez par interroger votre fournisseur.

Un équipement plus ancien ?

👉 C’est à vous d’organiser sa fin de vie, sauf si vous le remplacez par un équipement neuf.

Des piles, des cartouches d’encre ou des lampes ?

👉 Un bac fermé et étiqueté, à l’écart des autres déchets. Demandez ensuite à votre fournisseur ou à votre prestataire s’il les reprend ; les lampes suivent la filière des équipements électriques.

Deux interlocuteurs à connaître. Pour le mobilier, Valdelia, éco-organisme agréé par le ministère de la Transition écologique pour les meubles professionnels, remet des attestations de traçabilité qui retracent le devenir des meubles confiés : pratique pour votre reporting RSE. Pour les DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques), le ministère désigne deux éco-organismes agréés pour les équipements professionnels : Ecologic et Ecosystem. Demandez à votre fournisseur lequel reprend votre matériel.

Espace détente des bureaux de Coca-Cola France meublé de fauteuils et d’une table basse en bois brut récupéré
Dans ses bureaux, Coca-Cola France a misé sur du mobilier en matériaux recyclés, comme des chaises en bois récupéré ou fabriquées à partir de canettes en aluminium. Crédit photo : Alexis Paoli.

Et si vous aimez les objets qui ont une histoire, l’upcycling (transformer un objet usagé en un nouvel objet, souvent plus désirable) donne du caractère à un espace : une porte qui devient table de réunion, des palettes qui deviennent banquette.

6. Impliquer les équipes et suivre les résultats

Des bacs parfaitement placés ne servent à rien si personne ne sait quoi y mettre. Le tri des déchets en entreprise est un projet collectif, et il se prépare comme tel.

Associer plutôt qu’imposer

Présentez le diagnostic et le plan d’action avant d’installer quoi que ce soit, puis demandez leurs idées aux équipes :

  • Dans une petite structure, une « boîte à idées vertes », anonyme ou non, suffit à faire remonter les bonnes pratiques et les irritants.
  • Dans une grande structure, un questionnaire en ligne mesure les habitudes de chacun, et un brainstorming par équipe fait émerger des solutions adaptées à chaque service.

Notre méthode pour aménager ses bureaux de façon participative s’applique très bien ici.

Salle d’atelier des bureaux d’Amaysim à Sydney : murs-tableaux couverts de post-it, sol en gazon synthétique et équipe en séance de brainstorming
Séance de brainstorming dans les bureaux d’Amaysim à Sydney. Design : Amicus Interiors.

💡 Le saviez-vous ?

Selon l’ADEME, on trie jusqu’à trois fois moins ses papiers au bureau qu’à la maison. Vos équipes savent donc déjà trier : le travail consiste surtout à rendre le geste aussi simple et évident qu’à la maison.

Faire vivre le tri au quotidien

  • Des référents par étage ou par service, identifiés de tous, qui répondent aux questions et signalent les bacs qui débordent.
  • Un affichage dans les lieux de vie : cafétéria, coin imprimante, espace détente.
  • Un passage obligé dans l’accueil des nouveaux arrivants : on leur montre les points de tri le premier jour, avec le badge et la machine à café.
  • Des rappels courts et ponctuels plutôt que des campagnes de trois pages que personne ne lit.

Mesurer et partager les résultats

C’est la quatrième priorité de l’ADEME : faire un suivi, et en communiquer les résultats en interne. Chaque année, à réception de l’attestation de collecte, partagez quelques indicateurs simples : les ramettes commandées, le nombre de bacs vidés, les erreurs de tri les plus fréquentes. Un progrès visible donne envie de continuer. Et si les chiffres stagnent, revenez à l’étape 1 : un nouveau flux est peut-être apparu.

Où en êtes-vous ? L’auto-diagnostic

Cochez tout ce qui ressemble à vos bureaux aujourd’hui :

  • Il y a une corbeille sous chaque bureau.
  • Papier, gobelets et restes de repas finissent dans la même poubelle.
  • Personne ne sait vraiment qui collecte vos déchets.
  • Vous n’avez jamais reçu, ni demandé, d’attestation annuelle de collecte.
  • Les restes de repas de la cafétéria n’ont pas de bac à part.
  • Des gobelets ou des couverts jetables traînent encore à la cafétéria.
  • Les imprimantes impriment en recto seul par défaut.
  • Du vieux matériel informatique dort dans un placard.
  • Les piles et les cartouches usagées finissent dans la poubelle ordinaire.

🎯 Votre score

0 à 2 cases : vous êtes sur la bonne voie, il reste quelques réglages.
3 à 5 cases : les bases sont à reprendre ; commencez par le prestataire et l’attestation (étape 2), puis les points de tri (étape 4).
6 cases et plus : vous n’êtes probablement pas en règle. Reprenez la méthode dès l’étape 1, en commençant par les biodéchets et l’attestation de collecte.

La checklist pour passer à l’action

À imprimer (en recto-verso, bien sûr) ou à copier dans votre outil de suivi :

  • Nommer un pilote, Office Manager ou référent RSE, et des relais par étage.
  • Faire le tour des poubelles pendant une semaine et lister tous les flux.
  • Vérifier votre situation : collecte publique ou prestataire, plus ou moins de 1 100 litres par semaine, plus ou moins de 20 personnes sur le site.
  • Organiser le tri des 6 flux et celui des biodéchets.
  • Signer ou revoir le contrat de collecte, attestation annuelle incluse.
  • Passer les imprimantes en recto-verso par défaut.
  • Remplacer le jetable de la cafétéria par de la vaisselle lavable, des carafes et des gourdes.
  • Installer les points de tri à la cafétéria, au coin imprimante et à l’accueil, avec un code couleur unique.
  • Retirer les corbeilles individuelles.
  • Prévoir un bac fermé pour les piles, les cartouches et les lampes.
  • Organiser la fin de vie du mobilier (réemploi, don, Valdelia) et du matériel informatique (filière DEEE).
  • Présenter le dispositif aux équipes et à chaque nouvel arrivant.
  • Partager les résultats une fois par an.

Questions fréquentes (FAQ)

Le tri des déchets est-il obligatoire pour toutes les entreprises ?

Oui, à une exception près. Tous les professionnels doivent trier 6 flux (papier et carton, métal, plastique, verre, bois, textile) et leurs biodéchets. Seuls ceux qui passent par le service public et produisent moins de 1 100 litres de déchets par semaine, tous déchets confondus, échappent au tri des flux, s’ils respectent les consignes de leur collectivité.

Qu’est-ce que le tri 7 flux, et quelle différence avec le 5 flux et le 8 flux ?

Le décret 5 flux (2016) vise le papier et le carton, le métal, le plastique, le verre et le bois. Le décret 7 flux (n° 2021-950 du 16 juillet 2021) y ajoute la fraction minérale et le plâtre, qui concernent la construction et la démolition. Avec le textile, ajouté le 1er janvier 2025, un bureau trie 6 flux, le BTP 8.

Les biodéchets font-ils partie des 7 flux ?

Non. C’est une obligation distincte, qui vise tous les professionnels sans seuil depuis le 1er janvier 2024. La définition légale des biodéchets cite explicitement les déchets alimentaires des bureaux.

Faut-il obligatoirement composter au bureau ?

Non. La loi impose de trier les biodéchets à la source : vous pouvez les composter sur place ou les confier à une collecte séparée, organisée par votre collectivité ou par un prestataire.

À partir de combien de salariés le tri du papier est-il obligatoire ?

Le décret parle de personnes, pas de salariés : chaque site qui regroupe plus de 20 personnes doit trier ses papiers de bureau et les faire collecter séparément.

Quelles sanctions en cas de non-respect du tri ?

Des sanctions administratives, jusqu’à la fermeture de l’établissement, et des sanctions pénales pouvant atteindre deux ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende, montant qui peut être multiplié par cinq pour une personne morale. Ce sont des maxima.

Comment prouver que mon entreprise trie ses déchets ?

Avec l’attestation annuelle de collecte que votre prestataire, public ou privé, doit vous remettre. Conservez-la avec vos contrats de collecte.

Quel code couleur choisir pour les poubelles de tri au bureau ?

Celui de votre collectivité ou de votre prestataire, que vos équipes connaissent déjà. L’essentiel est d’utiliser les mêmes couleurs et les mêmes pictogrammes à chaque point de tri.

Que faire des cartouches d’encre, des piles et du vieux matériel informatique ?

Piles et cartouches vont dans un bac fermé et étiqueté ; demandez à votre fournisseur ou à votre prestataire s’il les reprend. Le matériel informatique mis sur le marché après le 13 août 2005 est à la charge de son producteur. Avant cette date, il reste à la vôtre, sauf si vous le remplacez par un équipement neuf.

Comment réduire les déchets au bureau au quotidien ?

Imprimez en recto-verso par défaut, remplacez le jetable de la cafétéria par de la vaisselle lavable, groupez vos commandes et remplacez les corbeilles individuelles par des points de tri partagés.

Moins jeter, mieux trier : un projet d’aménagement comme les autres

Réduire les déchets en entreprise, c’est d’abord respecter un socle simple : 6 flux, les biodéchets et une attestation annuelle pour le prouver. C’est ensuite une affaire d’aménagement et d’habitudes : des points de tri bien placés, du lavable à la cafétéria, le recto-verso par défaut et une seconde vie pour le mobilier. Pour aller plus loin sur ce que deviennent vos déchets une fois triés, lisez notre article sur la valorisation des déchets au bureau.

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