Illustration d’un bureau connecté où un responsable des services généraux consulte une tablette près des stores automatiques, avec capteurs au plafond et toiture solaire végétalisée en face

Smart building : définition, obligations (décret BACS) et ce qu’une PME peut vraiment faire

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Smart building : définition, obligations (décret BACS) et ce qu’une PME peut vraiment faire

Des stores qui se baissent tout seuls quand le soleil tape, un éclairage qui s’éteint dans les salles vides, un chauffage qui sait que personne ne viendra vendredi. Le smart building fait rêver, mais il se raconte surtout du point de vue des grandes tours de La Défense. Pour une PME locataire de quelques centaines de mètres carrés, la vraie question est ailleurs : qu’est-ce qui dépend de moi, qu’est-ce qui dépend de mon bailleur, et par quoi commencer ?

Bonne nouvelle : un bureau plus intelligent ne commence pas par une gestion technique à six chiffres. Il commence par des mesures simples, des réglages bien faits et des données utilisées. Voici la définition claire, ce que la loi impose vraiment (et à qui), et ce que vous pouvez installer dès maintenant.

44 %
de l’énergie consommée en France l’est par le secteur du bâtiment
2030
l’échéance du décret BACS pour les bureaux chauffés ou climatisés au-delà de 70 kW
70 %
des gestions techniques de bâtiment étudiées étaient peu ou mal utilisées

Sources : ministère de la Transition écologique ; Code de la construction et de l’habitation, article R175-2 (version du 28 décembre 2025) ; étude de l’Ademe de 2015 sur une dizaine de sites, citée par le Plan Bâtiment Durable.

Smart building : la définition

Un smart building, ou bâtiment intelligent, est un bâtiment dont les équipements (chauffage, ventilation, climatisation, éclairage, stores, accès) sont reliés à des capteurs et pilotés automatiquement, pour ajuster leur fonctionnement à l’occupation réelle, à la météo et aux besoins des usagers. L’objectif : consommer moins, mieux entretenir les installations et offrir plus de confort.

Autour de ce terme gravite tout un vocabulaire. Voici l’essentiel :

TermeCe que c’estÀ retenir
Smart officeLe bureau intelligent, vu du côté des occupantsRéservation de postes, capteurs d’occupation, confort
GTBGestion technique du bâtiment : le système qui supervise et pilote les équipementsLe « cerveau » du smart building
GTCGestion technique centralisée, souvent limitée à un ou deux usagesUne GTB plus simple
BACSBuilding automation and control system : le système d’automatisation et de contrôle visé par la loiLe terme du décret BACS
ImmotiqueLa domotique appliquée aux immeubles tertiairesLa domotique, c’est pour les logements
BIMLa maquette numérique du bâtiment, utilisée en conception et en exploitationSurtout pour le neuf et les gros projets

Comment fonctionne un bâtiment intelligent ?

La gestion technique d’un bâtiment repose sur une chaîne complète, rappelle le Plan Bâtiment Durable : des capteurs, des actionneurs et des régulateurs, appliqués à des usages plus ou moins étendus selon les sites (chauffage, ventilation, climatisation, éclairage…). Concrètement, trois étages :

1. Mesurer

Capteurs de température, de CO₂, de présence, de luminosité, compteurs d’énergie.

2. Décider

Régulateurs et automates qui appliquent les consignes : horaires, températures, seuils.

3. Agir et superviser

Actionneurs sur le chauffage, les stores ou l’éclairage, et une supervision pour suivre et corriger.

Un exemple : un capteur mesure que la salle de réunion est vide depuis vingt minutes, le régulateur applique la consigne « salle inoccupée », et l’éclairage s’éteint pendant que le chauffage passe en réduit. Tout l’intérêt est dans la consigne, pas dans la technologie : un système mal réglé chauffe une salle vide aussi bien qu’un radiateur ordinaire.

Décret BACS et décret tertiaire : qui est concerné ?

Deux textes poussent les bureaux à devenir plus « intelligents ». Et bonne nouvelle pour une PME locataire : le premier pèse sur le propriétaire des équipements, pas sur l’occupant.

Le décret BACS impose d’équiper les bâtiments tertiaires d’un système d’automatisation et de contrôle, selon la puissance de leur chauffage ou de leur climatisation (article R175-2 du Code de la construction et de l’habitation) :

  • au-delà de 290 kW : depuis le 1er janvier 2025 ;
  • au-delà de 70 kW : au plus tard le 1er janvier 2030. L’échéance, initialement fixée à 2027, a été repoussée par un décret du 26 décembre 2025 ;
  • pour le neuf, le système doit être prévu dès la conception.

L’obligation pèse sur le ou les propriétaires des systèmes de chauffage ou de climatisation, souvent le bailleur. Elle peut être écartée si une étude montre que l’investissement ne serait pas rentabilisé en moins de dix ans. Le système installé doit notamment suivre et analyser les consommations par zone et heure par heure, conserver les données mensuelles pendant cinq ans, détecter les pertes d’efficacité, dialoguer avec les autres équipements et permettre un arrêt manuel (article R175-3).

Le dispositif Éco Énergie Tertiaire, dit « décret tertiaire », vise les bâtiments qui cumulent au moins 1 000 m² d’activités tertiaires. Il fixe une baisse de la consommation d’énergie de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050, par rapport à une année de référence qui ne peut pas être antérieure à 2010. Chaque année, propriétaires, bailleurs ou occupants déclarent leurs consommations sur la plateforme OPERAT de l’Ademe.

Êtes-vous concerné ?

Vos locaux font moins de 1 000 m² et le chauffage est collectif

👉 Probablement ni l’un ni l’autre directement. Le décret BACS concerne le propriétaire des installations, et le décret tertiaire ne s’applique qu’à partir de 1 000 m² cumulés. Vos gestes d’économie restent utiles, et votre bailleur vous demandera sans doute vos consommations.

Vous occupez 1 000 m² ou plus de bureaux

👉 Vous êtes concerné par le décret tertiaire, avec votre bailleur : répartissez clairement qui déclare quoi sur OPERAT, et intégrez les objectifs de 2030 à vos décisions d’aménagement.

Vous êtes propriétaire de votre bâtiment et de ses installations

👉 Vérifiez la puissance de votre chauffage et de votre climatisation : au-delà de 70 kW, un système d’automatisation et de contrôle est obligatoire d’ici 2030, sauf étude démontrant un retour sur investissement de plus de dix ans.

Vous préparez un déménagement

👉 Ajoutez la GTB, le système BACS et les consommations réelles à votre grille de visite : un immeuble déjà équipé et bien piloté vous évitera des factures et des travaux.

Sources : Code de la construction et de l’habitation, articles R175-2 et R175-3 ; décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025 ; ministère de la Transition écologique, Éco Énergie Tertiaire.

Les questions à poser à votre bailleur

Puisque les obligations techniques pèsent souvent sur le propriétaire, la première démarche d’un locataire est de poser les bonnes questions. À l’occasion d’un renouvellement de bail, d’un comité de copropriété ou simplement d’un rendez-vous annuel :

  • Quelle est la puissance du chauffage et de la climatisation du bâtiment, et le décret BACS s’applique-t-il ?
  • Existe-t-il une gestion technique du bâtiment ? Qui la règle, et à quelle fréquence ?
  • Quels sont les horaires et les températures de consigne programmés pour nos locaux ?
  • Pouvons-nous avoir accès aux données de consommation de nos locaux ?
  • Qui déclare les consommations sur OPERAT, et comment nous associez-vous aux objectifs ?
  • Des travaux ou des équipements sont-ils prévus d’ici 2030 ? Avec quel impact sur nos charges ?
  • Pouvons-nous installer nos propres capteurs (CO₂, occupation) sans toucher aux installations ?

Conseil

Demandez les horaires de chauffage programmés et comparez-les aux horaires réels de vos équipes. Des bureaux chauffés le samedi ou dès 6 h du matin alors que tout le monde arrive à 9 h, c’est souvent la première économie, sans rien acheter.

Smart office : ce qu’une PME peut installer sans travaux

Pas besoin d’attendre votre bailleur pour rendre vos bureaux plus intelligents. La plupart des équipements du smart office se posent sans toucher au bâtiment, et beaucoup se déménagent :

ÉquipementÀ quoi ça sertPoint de vigilance
Capteurs de CO₂Savoir quand aérer une salle de réunion ou un open spaceLe Code du travail fixe 25 m³ d’air neuf par heure et par occupant dans les bureaux : le capteur aide à vérifier que c’est tenu
Détec­tion de présence sur l’éclai­rageÉteindre auto­matiquement les sanitaires, les couloirs, les salles videsRégler la tempo­risation pour ne pas plonger une réunion dans le noir
Thermo­stats program­mables ou pilo­tablesCaler le chauffage sur les horaires réelsPossible seulement si vous maîtrisez vos propres équipements
Capteurs d’occu­pationMesurer l’usage réel des postes et des sallesCapteurs anonymes, salariés et CSE informés (voir plus bas)
Réser­vation de postes et de sallesOrganiser le flex office et libérer les salles fantômesUne application simple, que tout le monde utilise
Prises et multi­prises program­mablesCouper écrans, imprimantes et machines à café la nuit et le week-endVérifier ce qui doit rester allumé (serveur, box)
Sous-comp­teurs d’énergieSuivre vos consom­mations et voir l’effet de chaque actionUtile surtout si vos locaux ont leur propre compteur

Pour aller plus loin sur chacun de ces leviers, voyez notre guide de l’éclairage de bureau, nos 44 gestes simples pour un bureau éco-responsable et notre sélection de logiciels de flex office.

Utiliser les données d’occupation pour réaménager

C’est là que le smart office rejoint l’aménagement. Mesurer l’occupation réelle, c’est découvrir souvent que vos bureaux sont à moitié vides. Dans le panel mondial de grandes entreprises suivi par CBRE, l’utilisation moyenne des immeubles de bureaux atteignait 53 % en 2025, avec des pics à 80 %. Avec ces données, on peut :

  1. Mesurer pendant quelques semaines l’occupation des postes, des salles de réunion et des espaces de pause, jour par jour.
  2. Repérer les écarts : salles de huit places occupées par deux personnes, postes jamais utilisés, espaces de concentration saturés.
  3. Réaménager : transformer une grande salle en petites bulles, passer au desk sharing si des postes restent vides, créer des espaces qui manquent.
  4. Remesurer après pour vérifier que le nouvel aménagement répond aux usages.

Source : CBRE, 2026 Global Workplace & Occupancy Insights (panel mondial de grandes entreprises clientes).

La méthode complète pour repenser vos surfaces à partir des usages est dans notre article sur le space planning, et le flex office en détaille la version la plus aboutie.

Capteurs et salariés : ce que dit le droit

Un capteur d’occupation n’est pas anodin pour les équipes : mal présenté, il ressemble vite à de la surveillance. Deux articles du Code du travail cadrent le sujet :

  • Aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance (article L1222-4).
  • Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le CSE est informé et consulté, avant toute décision, sur les moyens ou techniques permettant un contrôle de l’activité des salariés (article L2312-38). Dans les plus petites, informer les équipes reste indispensable.

Conseil

Choisissez des capteurs qui mesurent l’occupation d’un poste ou d’une salle, jamais l’identité de la personne, et ne conservez que des données agrégées. Présentez le projet aux équipes et au CSE avant l’installation, en expliquant à quoi serviront les données : réaménager les espaces, pas contrôler les présences.

Sources : Code du travail, articles L1222-4, L2312-38 et R4222-6 (débits d’air neuf).

Les erreurs à éviter

La technologie ne suffit pas. Une étude de l’Ademe citée par le Plan Bâtiment Durable a montré qu’environ 70 % des gestions techniques de bâtiment étaient peu ou mal utilisées. Le Plan Bâtiment Durable pointe notamment des réglages par défaut, désoptimisés pour répondre vite aux plaintes des occupants, faute de dialogue entre utilisateurs et exploitant, et une perte de savoir-faire quand l’exploitant change.

❌ Le bureau « gadget »

  • Des capteurs installés, des données jamais lues
  • Des consignes par défaut que personne n’a revues
  • Des plaintes réglées en poussant le chauffage
  • Des salariés qui découvrent les capteurs sous leur bureau

✅ Le bureau piloté

  • Quelques indicateurs suivis chaque mois
  • Des horaires et des températures calés sur les usages
  • Un interlocuteur identifié côté bailleur ou exploitant
  • Des équipes informées et associées dès le départ

❌ L’erreur à éviter : commencer par l’application

Une belle application de réservation ne remplit pas un bureau que personne ne veut occuper. Commencez par comprendre les usages (qui vient, quand, pour faire quoi), puis choisissez les outils qui y répondent. La technologie vient toujours après l’aménagement.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un smart building ?

Un smart building, ou bâtiment intelligent, est un bâtiment dont les équipements (chauffage, ventilation, climatisation, éclairage, stores) sont reliés à des capteurs et pilotés automatiquement pour s’adapter à l’occupation réelle, consommer moins et offrir plus de confort.

Quelle différence entre domotique et immotique ?

La domotique pilote les équipements d’un logement. L’immotique applique le même principe aux immeubles tertiaires, bureaux compris, à une échelle plus large et avec des systèmes de gestion technique du bâtiment.

Qu’est-ce que le décret BACS ?

C’est l’obligation d’équiper les bâtiments tertiaires d’un système d’automatisation et de contrôle de leurs équipements : depuis le 1er janvier 2025 au-delà de 290 kW de chauffage ou de climatisation, et au plus tard le 1er janvier 2030 au-delà de 70 kW. Elle pèse sur le propriétaire des installations.

Un locataire doit-il installer une GTB ?

En général non : le décret BACS vise les propriétaires des systèmes de chauffage ou de climatisation. Un locataire peut en revanche demander à son bailleur les réglages et les données de consommation, et installer ses propres capteurs sans travaux.

Qu’est-ce qu’un smart office ?

C’est le bureau intelligent vu du côté des occupants : capteurs d’occupation et de CO₂, réservation de postes et de salles, éclairage et chauffage calés sur les usages. Il s’installe souvent sans travaux, contrairement à une gestion technique complète.

Les capteurs de présence au bureau sont-ils légaux ?

Oui, à condition que les salariés en soient informés au préalable et, dans les entreprises d’au moins 50 salariés, que le CSE soit consulté s’ils permettent un contrôle de l’activité. Privilégiez des capteurs anonymes et des données agrégées.

Un bureau intelligent, c’est d’abord un bureau bien réglé

On résume : le smart building n’est pas réservé aux tours de verre. Côté bailleur, le décret BACS et le décret tertiaire imposent de piloter les installations ; côté occupant, une PME peut déjà mesurer le CO₂ et l’occupation, caler l’éclairage et le chauffage sur ses horaires, et utiliser ses données pour mieux aménager. Commencez par les questions à votre bailleur et par une mesure de l’occupation : c’est gratuit ou presque, et c’est là que se cachent les premières économies.

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