Un collègue a glissé un tapis de marche sous son bureau assis-debout, et depuis, il passe ses appels en marchant. Deux autres veulent le même. Avant de commander pour tout l’étage, une question simple : est-ce qu’on travaille vraiment bien en marchant ?
Réponse courte : oui pour certaines tâches, non pour d’autres. Marcher lentement en téléphonant ou en lisant ne dégrade presque rien. Retoucher un visuel au pixel près, si. Voici ce que montrent les études, pour qui ça vaut le coup, et tout ce qu’il faut régler avant d’en installer un en entreprise.
Sources : Anses ; Levine et Miller, British Journal of Sports Medicine, 2007 ; INRS, postures sédentaires.
Lecture rapide
Pourquoi l’idée séduit : le problème de la sédentarité
Le point de départ, c’est la chaise. Selon l’Anses, 95 % des adultes sont exposés à un risque pour leur santé par manque d’activité physique ou par un temps trop long passé assis. L’OMS, dans ses lignes directrices de 2020, recommande au moins 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine et ajoute un message qui parle directement aux employés de bureau : si l’on passe beaucoup de temps assis, il faut bouger davantage pour compenser, et tout mouvement compte, quelle que soit son intensité.
L’INRS fixe des repères concrets pour le travail : rompre la position assise idéalement toutes les 30 minutes et limiter le temps assis cumulé, idéalement à moins de 5 heures par jour. Et il cite explicitement le tapis roulant parmi les « aménagements plus dynamiques du poste de travail » qui ajoutent une activité physique légère au travail.
Sur le papier, le tapis de marche coche toutes les cases. Pour les risques de la chaise elle-même, voyez notre article sur les dangers de la position assise prolongée.
Travailler en marchant : ce que disent les études
La recherche sur le « treadmill desk » (bureau-tapis de marche) existe depuis une quinzaine d’années. Elle converge sur trois points.
1. On dépense nettement plus d’énergie, même très lentement. Dans l’étude de Levine et Miller (Mayo Clinic, 2007), quinze employés de bureau sédentaires dépensaient en moyenne 72 kcal par heure assis devant leur ordinateur, contre 191 kcal par heure en marchant à leur rythme, soit environ 1,8 km/h. Une allure de promenade lente, pas de sport.
2. La motricité fine souffre, la réflexion beaucoup moins. C’est le résultat le plus constant :
- John et al. (2009) ont testé 20 jeunes adultes : en marchant, la frappe, les clics et le glisser-déposer baissaient de 6 à 11 %, comme la résolution de problèmes de maths, alors que l’attention et la compréhension écrite ne bougeaient pas.
- Straker et al. (2009), sur 30 employés de bureau à 1,6 et 3,2 km/h : la performance sur ordinateur baisse en marchant, et la souris est plus touchée que le clavier. Travailler debout sans marcher, en revanche, ne change rien par rapport à assis.
- La méta-analyse de Podrekar et al. (2020), qui regroupe 18 études, confirme une baisse de la vitesse de frappe sur tapis de marche, sans effet sur l’attention sélective, et même une meilleure mémorisation.
3. On s’habitue. Dans un essai de la Mayo Clinic publié en 2024 (44 participants), les tests cognitifs étaient meilleurs ou identiques en marchant, la frappe un peu plus lente mais sans plus d’erreurs, et les résultats s’amélioraient dès le deuxième jour. Sur le terrain, l’étude de Ben-Ner et al. (2014) a suivi pendant un an une quarantaine de salariés d’une société financière équipés de tapis sous le bureau : après une phase de baisse, leur performance, évaluée par eux-mêmes et par leurs managers, s’est améliorée, et leur temps sédentaire a reculé d’environ 77 minutes par jour.
Notre lecture : l’effet dépend moins du tapis que de la tâche. Et les études portent sur de petits groupes, souvent quelques dizaines de personnes, ce qui invite à tester avant de généraliser.
Sources : John et al., Journal of Physical Activity and Health, 2009 ; Straker et al., Human Factors, 2009 ; Podrekar et al., Work, 2020 ; Medina-Inojosa et al., Journal of the American Heart Association, 2024 ; Ben-Ner et al., PLOS ONE, 2014.

Pour qui c’est une bonne idée (et pour qui non)
L’INRS le dit sans détour : un tapis roulant n’est pas adapté à un travail manuel de précision, et tout aménagement dynamique doit tenir compte de la nature des tâches. Traduit en journée de bureau :
| Tâche | En marchant ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| Appels, réunions audio, visio caméra coupée | ✅ Idéal | Parler en marchant est naturel |
| Lecture, relecture, veille, e-mails simples | ✅ Oui | Attention et compréhension préservées |
| Rédaction au clavier | 🟡 Possible | Frappe un peu plus lente, on s’y habitue |
| Tableur, saisie de données, chiffrage | 🟠 Plutôt non | Clics précis, calcul : les études montrent une baisse |
| Graphisme, retouche, CAO, montage | ❌ Non | La souris est la plus pénalisée |
| Visio caméra allumée | ❌ Non | Image qui bouge, attention qui se disperse côté interlocuteurs |
Notre verdict : le tapis de marche est une excellente idée pour un poste où l’on téléphone et où l’on lit beaucoup (commercial, support, management, recrutement). Pour un graphiste ou un comptable, c’est un accessoire de pause, pas un poste de travail.
Un tapis de marche, est-ce pour vous ?
Vous passez plus d’une heure par jour au téléphone ou en réunion audio ?
👉 Oui, c’est le cas d’usage parfait. Commencez par marcher pendant ces créneaux-là uniquement.
Votre travail est surtout à la souris (graphisme, tableur, CAO) ?
👉 Non comme poste principal. Un bureau assis-debout et des pauses actives vous rendront plus service.
Vous n’avez pas de bureau réglable en hauteur ?
👉 Pas encore. Sans plateau à hauteur de coude debout, vous travaillerez voûté. Le bureau réglable passe avant le tapis.
Vous travaillez en open space serré ?
👉 À tester d’abord sur un poste en bout de rangée ou dans une pièce à part, pour le bruit et le passage.
Vous avez des problèmes d’équilibre, de dos ou d’articulations ?
👉 Demandez l’avis du médecin du travail avant de commencer.
Vitesse, durée, progressivité : bien l’utiliser
Il n’existe pas de recommandation officielle sur la durée idéale de marche au bureau. Mais les études et les repères de l’INRS dessinent une pratique raisonnable.
- La vitesse : lente. Les études testent entre 1,6 et 3,2 km/h, et les participants de Levine et Miller choisissaient spontanément environ 1,8 km/h. Au-delà, on marche, on ne travaille plus. Si vous devez vous concentrer pour ne pas trébucher, c’est trop rapide.
- La durée : des sessions, pas une journée. Le but n’est pas de remplacer la chaise, mais de casser les longues périodes assises, idéalement toutes les 30 minutes comme le recommande l’INRS. Des créneaux de 20 à 30 minutes, calés sur les appels, sont un bon point de départ.
- La progressivité. Les premières sessions fatiguent les mollets et demandent un temps d’adaptation, ce que montrent aussi les études (la performance remonte après quelques jours). Augmentez le nombre de créneaux sur plusieurs semaines.
- L’alternance. Assis, debout, en marchant : le bon rythme, c’est de changer. Rester debout sans bouger toute la journée n’est pas une solution non plus.
Conseil
Réglez le bureau à hauteur de coude une fois monté sur le tapis, pas au sol : le tapis ajoute plusieurs centimètres. Coudes à angle droit ou légèrement ouverts, épaules relâchées, écran à hauteur des yeux. Si votre bureau mémorise des hauteurs, enregistrez une position « tapis » à côté des positions assis et debout.
Les contraintes en entreprise
Chez soi, on pose le tapis et on marche. En entreprise, il faut penser à plus de choses.
Le bureau assis-debout est obligatoire. Un tapis sous un bureau fixe ne sert à rien. Il faut un plateau qui monte à hauteur de coude debout, plus l’épaisseur du tapis. Les plages de hauteur recommandées sont dans notre guide du bureau ergonomique.
Le bruit. Le moteur ronronne, les pas résonnent sur un plancher léger. L’INRS situe le bruit acceptable dans un bureau entre 48 et 55 dB(A) selon l’activité : comparez avec le niveau sonore annoncé par le fabricant, et testez-le en conditions réelles. En open space, un tapis bruyant devient vite le sujet de la pause café. Nos conseils pour réduire le bruit en open space valent aussi ici.
La place et le poids. Le tapis déborde souvent du bureau, et il faut pouvoir le ranger quand on travaille assis. Vérifiez sa longueur, son poids (qui va le déplacer ?) et, sur un plancher ancien ou technique, la charge admissible.
L’électricité et les câbles. Une prise de plus au poste, et un câble qui ne traverse pas le passage : le risque de chute vient plus souvent du fil que du tapis.
La sécurité. Un arrêt d’urgence accessible (souvent une clé ou un cordon magnétique), une vitesse maximale limitée et un démarrage progressif. Vérifiez le marquage CE et demandez au vendeur si l’appareil est testé selon la norme des tapis de course (EN ISO 20957-6), en usage domestique ou professionnel : un tapis partagé par plusieurs salariés toute la journée n’a pas la même vie qu’un tapis de salon.
L’hygiène et les chaussures. Si le tapis est partagé, prévoyez des lingettes et une règle simple. Et des chaussures plates et fermées : les talons et les mules sur un tapis roulant, c’est non.
Le cadre employeur. Un nouvel équipement motorisé au poste de travail entre dans l’évaluation des risques de l’entreprise (le document unique). Prévenez votre assureur, et associez le médecin du travail si des salariés ont des douleurs ou des antécédents.
❌ L’erreur à éviter : acheter dix tapis d’un coup
L’effet de mode passe vite, et un tapis inutilisé finit sous un bureau, à prendre la poussière et à gêner les pieds. Commencez par un ou deux tapis en libre-service sur des postes assis-debout, avec un planning de réservation. Au bout de deux mois, vous saurez qui s’en sert vraiment, et pour quoi.
La checklist avant d’acheter
- Un bureau assis-debout qui monte assez haut, tapis compris.
- Des tâches compatibles : appels, lecture, visio caméra coupée.
- Une vitesse minimale très basse (autour de 1 à 2 km/h) et un réglage fin.
- Un arrêt d’urgence accessible et un démarrage progressif.
- Le marquage CE et, si possible, la conformité à la norme des tapis de course.
- Un niveau sonore annoncé et vérifié sur place.
- Les dimensions et le poids compatibles avec le poste et le rangement.
- Une prise électrique au poste, sans câble dans le passage.
- Une règle d’usage si le tapis est partagé : réservation, nettoyage, chaussures.
- La mise à jour du document unique et l’information de l’assureur.
Pour le budget, pas de fourchette ici : les prix des tapis de marche varient énormément selon l’usage (domestique ou intensif) et bougent vite. Retenez l’ordre des priorités : le bureau réglable d’abord, le tapis ensuite. Pour chiffrer l’ensemble d’un projet, voyez notre guide du budget d’aménagement de bureau.
Les alternatives au tapis de marche
Le tapis n’est qu’un moyen de bouger au travail. Plusieurs solutions donnent une bonne partie du bénéfice, avec moins de contraintes.
| Solution | Point fort | Limite |
|---|---|---|
| Bureau assis-debout seul | Aucune baisse de performance, même debout | On bouge peu si on reste planté |
| Pédalier sous le bureau | Discret, compatible avec le travail assis | Frappe légèrement ralentie, genoux sous le plateau |
| Réunions debout ou en marchant | Gratuit, efficace pour les points courts | Pas de prise de notes sur écran |
| Pauses actives | Gratuit, pour tout le monde | Demande de la discipline |
| Siège dynamique, ballon | Change de posture | Risque de chute sur les assises instables, selon l’INRS |
Les idées de réunions debout sont dans nos astuces pour des réunions plus productives, les assises alternatives dans nos nouvelles façons de s’asseoir au bureau, et les activités collectives dans nos idées pour le bien-être des salariés.

Et si l’objectif est d’abord de soulager des douleurs, commencez par les réglages du poste et les conseils pour soulager le mal de dos au travail ou prévenir les TMS au bureau.
Questions fréquentes
Tapis de marche sous le bureau : quel avis au final ?
Bonne idée pour les postes où l’on téléphone et où l’on lit beaucoup, à condition d’avoir un bureau assis-debout et de l’utiliser par sessions, à vitesse lente. Mauvaise idée comme poste principal pour les métiers de précision à la souris (graphisme, tableur, CAO), où les études mesurent une baisse de performance.
Combien de temps marcher sur un walking pad au bureau ?
Il n’y a pas de durée officielle. Le repère le plus utile vient de l’INRS : interrompre la position assise idéalement toutes les 30 minutes et limiter le temps assis cumulé à moins de 5 heures par jour. Des sessions de 20 à 30 minutes, calées sur les appels, puis une montée progressive sur plusieurs semaines, sont une approche prudente.
Peut-on vraiment travailler en marchant ?
Oui, pour une partie des tâches. Les études montrent que l’attention et la compréhension écrite restent stables en marchant lentement, alors que la frappe et surtout la précision à la souris baissent. On s’y habitue en quelques jours, mais la souris reste le point faible.
À quelle vitesse marcher sur un tapis de bureau ?
Lentement : les études testent entre 1,6 et 3,2 km/h, et des employés laissés libres de leur rythme ont choisi en moyenne environ 1,8 km/h. Si vous devez penser à vos pas, c’est trop rapide pour travailler.
Un tapis de marche est-il autorisé au bureau ?
Rien ne l’interdit, mais c’est à l’employeur de décider et d’organiser son usage : l’intégrer à l’évaluation des risques (document unique), vérifier la sécurité de l’appareil et de l’installation électrique, fixer des règles si le tapis est partagé. Un salarié qui veut apporter le sien doit en parler à son employeur avant.
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