« À partir du mois prochain, tout le monde au bureau trois jours par semaine. » Le mail part un vendredi soir, et le lundi suivant, la moitié des postes sont vides, les meilleurs profils mettent à jour leur CV et ceux qui viennent passent leur journée en visio… au bureau. Le retour au bureau ne se décrète pas. Les études récentes le montrent : un retour imposé fait fuir les talents, sans rendre l’entreprise plus performante.
Et pourtant, les salariés aiment retrouver leurs collègues. Ils ne demandent qu’une chose : que le trajet en vaille la peine. Voici où en sont vraiment les entreprises, ce que disent les études sur les retours imposés, ce qui donne envie de venir, et un plan d’action concret pour faire revenir vos équipes, sans rapport de force.
Sources : baromètre Actineo 2025 (Sociovision-Ifop, 1 500 actifs travaillant dans des bureaux) ; Bloom, Han et Liang, Nature (2024, essai randomisé sur 1 612 salariés d’une entreprise chinoise).
Lecture rapide
Retour au bureau : où en est-on ?
À lire la presse, on croirait que tout le monde revient au bureau cinq jours sur cinq. La réalité française est beaucoup plus stable :
- Le télétravail s’est installé. Au premier semestre 2024, 22 % des salariés du privé télétravaillaient au moins une fois par mois, en moyenne 1,9 jour par semaine, selon l’Insee. Chez les actifs qui travaillent dans des bureaux, la proportion monte à 47 %, contre 29 % en 2019 (Actineo 2025).
- Il dépend beaucoup de la taille de l’entreprise : entre mi-2022 et mi-2024, 18 % des salariés des PME (hors microentreprises) télétravaillaient au moins une fois par mois, contre 26 % en ETI et 34 % dans les grandes entreprises (Insee).
- Les entreprises changent peu leurs règles. Selon l’Apec, 89 % des entreprises n’ont pas changé en 2025 le nombre de jours de télétravail de leurs cadres, et 9 % l’ont réduit ou supprimé : surtout des TPE et des PME, bien plus que les grands groupes médiatisés. Et 94 % n’envisagent aucun changement dans les douze mois.
Les grands retours au bureau viennent surtout des États-Unis. Amazon a imposé le retour cinq jours sur cinq à partir du 2 janvier 2025, par un mémo de son PDG publié en septembre 2024. JPMorgan Chase a suivi en mars 2025, selon un mémo interne rapporté par Bloomberg et Reuters. Dans le panel mondial de grandes entreprises suivi par CBRE, 96 % des organisations ont désormais une politique de présence, le plus souvent « trois jours ou plus au bureau » (66 %). Mais 70 % constatent que leurs salariés viennent moins que prévu. Aux États-Unis, la fréquentation des bureaux de dix grandes métropoles plafonne à 56,3 % de son niveau de février 2020 (semaine du 16 septembre 2026, selon Kastle).
En France, la Société Générale prévoit de passer à un seul jour de télétravail par semaine à partir d’octobre 2026, une mesure annoncée en juin 2025 par son directeur général, selon l’AFP. Dans un rapport du cabinet Secafi évoqué en CSE, seuls 15 % des quelque 20 000 salariés interrogés jugeaient ce rythme le plus adapté : 54 % préféraient deux jours.
Sources : Insee Analyses n° 105 (mars 2025) ; Actineo 2025 ; Apec (mars 2026) ; Amazon ; Banking Dive ; CBRE (janvier 2026) ; Kastle ; AFP via MoneyVox (avril 2026).
Imposer le retour : ce que disent les études
C’est la tentation de beaucoup de dirigeants : fixer une règle et la faire appliquer. Les recherches récentes invitent à la prudence.
- Les retours imposés font partir les meilleurs. En suivant sur LinkedIn plus de 3 millions de salariés de la tech et de la finance, des chercheurs ont mesuré que, dans 54 grandes entreprises du S&P 500 qui ont imposé un retour au bureau, le taux de départ a augmenté de 14 % en moyenne. La hausse touche davantage les femmes, les profils seniors et les plus qualifiés (Ding et al., 2024, étude non encore publiée en revue).
- Sans gain de performance. Une autre étude sur les mêmes entreprises conclut que ces retours imposés dégradent la satisfaction des salariés, sans améliorer la performance de l’entreprise (Ding et Ma, université de Pittsburgh).
- L’hybride retient sans nuire au travail. Dans un essai randomisé publié dans Nature et mené chez Trip.com, en Chine, la possibilité de télétravailler deux jours par semaine a fait passer les démissions de 7,2 % à 4,8 %, soit un tiers de moins, sans effet sur les évaluations de performance des deux années suivantes (Bloom et al., 2024).
❌ Le retour imposé
- Une règle annoncée par mail, sans explication
- Des jours de présence identiques pour tous les métiers
- Des bureaux inchangés, trop bruyants pour se concentrer
- Des managers qui ne viennent pas eux-mêmes
- Des départs chez les profils les plus recherchés
✅ Le retour choisi
- Une raison claire de venir : les jours d’équipe
- Des règles construites par équipe, selon les activités
- Des bureaux repensés pour ce qu’on ne fait pas chez soi
- Des managers présents les jours d’équipe
- Une présence qui augmente parce que le bureau en vaut la peine
Côté cadres français, l’attachement au télétravail reste fort : selon l’Apec, 74 % des cadres télétravailleurs seraient mécontents d’une réduction de leurs jours de télétravail, et près d’un sur deux envisagerait de changer d’entreprise en cas de suppression. Les employeurs le savent : parmi les entreprises qui permettent le télétravail, 38 % craindraient des difficultés à recruter en cas de réduction, et 33 % une baisse d’engagement.
Sources : Ding, Jin, Ma, Xing et Yang, « Return-to-Office Mandates and Brain Drain » (SSRN, 2024) ; université de Pittsburgh (janvier 2024) ; Bloom, Han et Liang, Nature (2024) ; Apec, « Regard des cadres et des employeurs sur le télétravail » (mars 2026 : 1 000 entreprises et 2 000 cadres interrogés en décembre 2025).
Ce qui donne envie de venir au bureau
La bonne nouvelle, c’est que les salariés ne rejettent pas le bureau : ils rejettent le trajet pour rien. 82 % des télétravailleurs disent apprécier de retrouver leurs collègues quand ils viennent au bureau, selon le baromètre Actineo 2025. Ce qu’ils attendent, c’est un bureau qui offre ce qu’ils n’ont pas chez eux. Interrogés sur les espaces qu’ils souhaitent, ils répondent :
Trois envies ressortent : se concentrer au calme, se retrouver pour travailler ensemble, et partager un moment autour d’un café. Les services comptent aussi, surtout pour les plus jeunes : toujours selon Actineo, 24 % des salariés de la génération Z viennent au bureau pour profiter des services proposés par leur entreprise. Parmi les services les plus plébiscités, le baromètre cite en tête ceux liés à la santé et au bien-être, puis l’entretien de la voiture ou du vélo.
Ce qui fait fuir le bureau
À l’inverse, certains irritants suffisent à rendre le télétravail irrésistible :
- Le bruit. Selon l’Ifop pour la JNA, 64 % des actifs en open space se disent gênés par le bruit, contre 42 % en bureau individuel fermé. Venir au bureau pour enchaîner les visios au milieu des conversations, c’est la meilleure façon de ne plus venir. Nos solutions pour réduire le bruit en open space sont souvent le premier chantier.
- Le trajet. Selon l’Insee, à autres caractéristiques égales, la probabilité de télétravailler est supérieure de 12,2 points pour les salariés qui habitent à plus de 100 km de leur lieu de travail que pour ceux qui vivent à moins de 5 km. Plus le trajet est long, plus chaque journée au bureau doit en valoir la peine.
- Le poste introuvable. En desk sharing mal dimensionné, les derniers arrivés ne trouvent plus de place et rentrent chez eux.
- Le bureau vide. Venir pour trouver son équipe en télétravail ce jour-là, c’est une journée de visio avec un trajet en plus.
- Des locaux qui n’ont pas changé depuis 2019, pensés pour un travail individuel que chacun fait très bien chez soi.
🎯 Le test du trajet
Posez-vous la question qu’un salarié se pose chaque matin : « Qu’est-ce que je vais faire au bureau que je ne peux pas faire aussi bien chez moi ? » Si la réponse est « la même chose, en plus bruyant », aucune règle de présence ne changera durablement la situation.
8 leviers pour faire revenir vos équipes
1. Donner une raison de venir : les jours d’équipe
Le premier motif de venir, ce sont les autres. Fixez avec chaque équipe un ou deux jours où tout le monde est là, et réservez-leur ce qui se fait mieux ensemble : ateliers, points d’équipe, décisions, accueil des nouveaux. Un jour d’équipe où chacun reste derrière son écran ne tiendra pas trois semaines.

2. Offrir des espaces de concentration
C’est l’attente numéro un : 44 % des actifs de bureau voudraient pouvoir s’installer dans un bureau fermé inoccupé. Cabines, bulles, zone calme, fauteuils enveloppants : si le bureau permet de se concentrer mieux qu’à la maison, il devient une option, pas une contrainte.

3. Soigner les espaces de convivialité
Un vrai café, une cuisine où l’on déjeune ensemble, quelques tables hautes : ce sont souvent ces lieux qui donnent au bureau son âme. 39 % des actifs souhaitent un espace café ou tisanerie. Un petit-déjeuner d’équipe le jour de présence commune coûte peu et fait beaucoup.

4. Équiper pour la collaboration hybride
Des salles de réunion en libre accès, de petites salles pour deux ou trois, et des équipements de visio qui marchent du premier coup. Car même les jours d’équipe, quelqu’un sera à distance.
5. Proposer des services utiles
Santé et bien-être, entretien du vélo, conciergerie, livraison de repas : les services font gagner du temps, et chez les plus jeunes, ils sont une vraie raison de venir.
6. Faire venir les managers
Rien ne vide un bureau plus vite qu’un manager qui exige la présence de son équipe… depuis chez lui. Les managers sont présents les jours d’équipe, disponibles, et utilisent ce temps pour ce qui compte : échanger, accompagner, décider.
7. Garder de la souplesse
Les études le montrent : l’hybride retient les talents. Laissez les équipes adapter les règles à leur activité, gardez des jours libres, et tenez compte des longs trajets. La souplesse coûte bien moins cher qu’un recrutement.
8. Mesurer et ajuster
Comptez les présences, interrogez les équipes tous les trimestres, regardez quels espaces sont pleins et lesquels restent vides. Un bureau qui s’améliore en continu donne un signal fort : on vous écoute.
Pour aller plus loin, voyez nos 38 idées pour améliorer le bien-être de ses employés et les tendances de l’aménagement de bureau en 2026.
Ce que dit le droit du télétravail
Avant toute annonce, vérifiez ce que prévoient vos textes. Le télétravail est encadré, et son arrêt aussi :
- L’accord collectif ou la charte fixe les règles. Selon l’article L1222-9 du Code du travail, le télétravail est mis en place par accord collectif ou, à défaut, par une charte de l’employeur après avis du CSE. Ce texte doit préciser « les conditions de retour à une exécution du contrat de travail sans télétravail ».
- Le retour se fait d’un commun accord, sauf règles prévues. Selon Service-Public, employeur et salarié peuvent convenir ensemble de mettre fin au télétravail ; l’accord ou la charte peut prévoir des conditions particulières, y compris les formalités pour y mettre fin sans l’accord de l’autre partie.
- L’accord national interprofessionnel du 26 novembre 2020 prévoit que les modalités de réversibilité sont fixées par accord individuel ou collectif, et que l’employeur peut organiser des retours ponctuels sur site en cas de besoin particulier.
- Le CSE est consulté avant la mise en place du télétravail dans les entreprises de plus de 50 salariés, selon Service-Public : associez-le aussi lorsque vous en modifiez les règles.
❌ L’erreur à éviter : annoncer le retour par un simple mail
Si votre accord ou votre charte prévoit deux jours de télétravail, un simple mail risque de ne pas suffire à les supprimer. Relisez vos textes, associez le CSE, et modifiez l’accord ou la charte selon la procédure prévue. C’est aussi l’occasion de construire les nouvelles règles avec les équipes.
Sources : Code du travail, article L1222-9 ; Service-Public, télétravail du salarié du secteur privé ; ANI du 26 novembre 2020, article 2.3.5.
Le plan d’action en 3 mois
Faire revenir les équipes, c’est un projet, pas une annonce. Voici un déroulé type, à adapter à votre taille :
Et la checklist pour ne rien oublier :
- Mesurer la présence réelle par équipe et par jour, pendant quelques semaines
- Interroger les salariés : ce qui les fait venir, ce qui les en dissuade
- Relire l’accord ou la charte télétravail, et associer le CSE
- Fixer les jours d’équipe avec chaque manager
- Traiter le bruit et créer des espaces de concentration
- Aménager un vrai lieu de convivialité
- Vérifier que chaque salle a un équipement de visio qui fonctionne
- Tester avec des équipes pilotes avant de généraliser
- Communiquer le pourquoi, pas seulement le combien de jours
- Faire le bilan après trois mois, et ajuster
Si le retour s’accompagne d’un réaménagement, notre guide du budget d’aménagement de bureau vous aide à le chiffrer, et nos conseils pour améliorer l’onboarding au bureau valent aussi pour ceux qui reviennent.
Questions fréquentes
Pourquoi revenir au bureau ?
Pour ce qui se fait mieux ensemble : apprendre des collègues, décider vite, créer des liens, accueillir les nouveaux. Les salariés le reconnaissent : 82 % des télétravailleurs apprécient de retrouver leurs collègues quand ils viennent au bureau (Actineo 2025). À condition que le bureau offre ces moments, et pas une journée de visios.
Le télétravail est-il obligatoire ?
Non. Il se met en place par accord collectif, par une charte ou par accord entre le salarié et l’employeur, et le refus d’un salarié de passer en télétravail n’est pas un motif de rupture du contrat. Seule exception, selon Service-Public : en cas de circonstances exceptionnelles, comme une menace d’épidémie, ou de force majeure, il peut être imposé.
Un employeur peut-il imposer le retour au bureau ?
Tout dépend de ce que prévoient l’accord collectif, la charte ou le contrat. Le Code du travail impose que l’accord ou la charte précise les conditions de retour sans télétravail. À défaut de règle prévue, le retour se décide d’un commun accord. Si le télétravail faisait partie des conditions d’embauche, la situation est encore plus encadrée : faites-vous accompagner.
Combien de jours de présence demander ?
Il n’y a pas de bon chiffre universel. Dans le panel mondial de grandes entreprises suivi par CBRE, la règle la plus courante est de trois jours ou plus au bureau. Mais l’essentiel est ailleurs : des jours d’équipe communs, adaptés à chaque activité, plutôt qu’un quota identique pour tous.
Le retour au bureau améliore-t-il la performance ?
Les études disponibles ne le montrent pas. Les retours imposés dans les grandes entreprises américaines ont augmenté les départs sans améliorer la performance, et un essai randomisé publié dans Nature montre que la possibilité de télétravailler deux jours par semaine réduit les démissions sans effet sur les évaluations de performance.
Comment donner envie de venir au bureau ?
En offrant ce qu’on ne trouve pas chez soi : ses collègues les mêmes jours, des espaces pour se concentrer au calme, des lieux de convivialité, des salles bien équipées et des services utiles. Et des managers présents.
Faut-il réaménager les bureaux pour le retour ?
Souvent, oui, au moins en partie. Des bureaux pensés avant 2020 pour le travail individuel ne répondent plus aux attentes : les salariés demandent d’abord des espaces de concentration, de convivialité et des salles en libre accès.
Un bureau qui vaut le trajet
On résume : le retour au bureau se gagne, il ne se décrète pas. Des jours d’équipe qui ont du sens, des espaces pour se concentrer et pour se retrouver, des managers présents, des règles construites avec les équipes et dans le respect de vos accords. Quand le bureau vaut le trajet, les collaborateurs reviennent d’eux-mêmes.
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